Ornella Cruzz : la féminité cachée qui n’attendait qu’une scène | Interview #037
Perruque, talons, scène. Ornella a 2 ans de drag queen derrière lui — et encore des questions plein la tête sur qui il est vraiment. L’histoire d’un jeune homme qui s’accepte en s’inventant une femme.
Perruque généreuse, une drag queen qui occupe l’espace comme si elle avait toujours eu tous les droits, et un garçon de 19 ans qui comprend soudain que ce qu’il regardait sans savoir le nommer, c’était lui. Deux ans plus tard, Tom est Ornella Cruz — pas pour se cacher, mais pour révéler ce qu’il n’arrivait pas à exprimer autrement : le corps assumé, l’affection donnée, la parole prise devant 200 personnes.
Tu t’es déjà dit qu’il te fallait inventer un personnage pour oser être toi-même ?
Tom, 21 ans, responsable manager d’un escape game, est arrivé dans le drag sans rien connaître du milieu. Pas les codes, pas les règles, pas même le mot. Il a juste vu une femme dans un bar un soir de Saint-Valentin — et quelque chose s’est mis en place que deux ans de perruques, de concours et de shows n’ont pas encore fini de dérouler. Dans cet épisode, il parle du garçon timide que la scène a transformé, des périodes où il voulait tout lâcher, de la pansexualité découverte en chemin, et de ce moment précis où Ornella lui a appris à faire des câlins.
Je te propose ce résumé de ma discussion avec Ornella Cruz –
Dans ce podcast : quand l’art drag devient le miroir qu’on n’osait pas regarder
DÉCOUVRE comment une perruque en forme de cœur aperçue un soir de Saint-Valentin a suffi à déclencher une vocation : « J’étais un enfant à Disney, j’avais les yeux qui pétillaient »
COMPRENDS pourquoi Ornella n’est pas un personnage mais une expansion de Tom — « C’est plus une rallonge de moi » — et ce que cette nuance change à tout
RÉVÉLATION sur la solitude invisible de l’artiste : sur scène, tout le monde connaît Ornella ; dans la rue, personne ne reconnaît Tom — et au début, ça faisait très mal
POURQUOI le drag a déclenché une poussée de maturité que Tom n’attendait pas : « C’est fort quand même. C’est que du drag, du maquillage, des perruques. Ce n’est pas que ça. »
LE SECRET du passage du chapeau au cachet fixe de 300 euros : comprendre que « ce que je porte là n’est pas gratuit »
COMMENT Tom, encore timide, utilise l’énergie d’Ornella pour assumer qui il est — même hors scène, même sans perruque
Tu portes une part de toi que tu exprimes mieux à travers un rôle, un art, un personnage — et tu ne sais pas encore si c’est sain ou si tu fuis quelque chose
Tu as vécu du harcèlement scolaire et tu te demandes comment en faire autre chose qu’une cicatrice
Tu cherches à comprendre comment passer d’une passion qui coûte de l’argent à une activité qui en rapporte, sans trahir ce qui t’y a amené
Tu te sens seul après une montée d’adrénaline — après un show, une réussite, une reconnaissance publique — et tu ne comprends pas pourquoi
Tu veux une histoire vraie, avec les doutes dedans, pas un témoignage lissé
Je te propose ce résumé de ma discussion avec Ornella Cruz –
La nuit de Saint-Valentin et l’image qui ne part plus
Après le bac, Tom part à Montpellier faire des études de cinéma. Il a déjà cinq ans de théâtre dans le corps — commencés à 11 ans parce qu’il était trop timide pour parler en classe, et que la scène était le seul endroit où ça passait. Un soir, il sort dans un bar. Il voit des femmes.
« J’ai toujours cette image de femmes. Pour moi, c’était des femmes. Et c’est toujours des femmes, pour moi. »
Il s’approche de l’une d’elles. C’est Sully Bourlet — drag queen connue dans le milieu montpelliérain. Elle lui répond qu’elle est un homme. Et Tom dit, immédiatement, sans réfléchir : « moi aussi, je veux être une femme. » La semaine suivante, il commande sa première perruque, ses premières tenues. Sa mère lui apprend à se maquiller. Son père critique les chorégraphies. Pas de jugement, pas de question. Juste : essaie, on te regarde.
Ce qui a déclenché quelque chose ce soir-là n’était pas une révélation sur l’identité de genre. C’était la preuve que c’est possible — qu’un corps peut occuper cet espace-là, avec cette confiance-là, et que personne ne s’effondre. Pour quelqu’un qui avait passé des années à se reconstruire après des moqueries et des violences liées à sa façon d’être, voir ça de si près avait quelque chose d’une permission.
Tom et Ornella — pas un masque, une rallonge
La question qui revient souvent quand on parle de drag, c’est celle du double : est-ce que tu joues un rôle, ou est-ce que c’est toi ? Tom y a une réponse très précise.
« C’est une expansion de moi. C’est plus une rallonge de moi. »
Ornella n’est pas un personnage qu’il enfile et qu’il quitte. Elle est la partie de lui qui prend la parole en public, qui aborde les inconnus, qui s’approche de n’importe qui dans un bar — « même les hommes en couple », dit-il avec un sourire. Tom, lui, reste timide. Mais en observant Ornella faire, Tom apprend. Il intègre. Il transfère. C’est un processus lent, corporel, qui ressemble moins à une thérapie qu’à un apprentissage par l’expérience — le genre qu’on ne programme pas, qui arrive en faisant.
Au début, cette distinction n’existait pas vraiment. Il vivait une dissociation entre les deux : Ornella reconnue dans les bars, Tom invisible dans la rue. « Le garçon qui se cache derrière n’est pas reconnu. On ne le reconnaît pas. On se sent oublié. » C’est une des faces cachées du drag que peu de gens voient depuis le public — et que Tom a dû traverser seul, souvent, avant de trouver ses appuis.
La solitude du garçon invisible
Il le dit clairement : au début du drag, il a vécu des périodes de solitude intense. Non pas à cause du spectacle, mais à cause de ce qui se passe entre les spectacles. Il y a une souffrance silencieuse dans l’apprentissage de qui on est — et elle ne ressemble à rien de ce qu’on montre sur scène.
« Je me sentais très oublié et très seul. Le garçon, surtout. »
Ce qui l’a aidé à ne pas sombrer : une psy, qu’il ne voulait pas voir au départ à cause des stéréotypes, et une famille drag construite progressivement — Gloria, Carmen, Béatrixie. « Entourez-vous d’une famille drag. C’est le plus important. » L’ami Patchouli (drag queen) également passé par ce podcast, incarne ce que peut être ce réseau : des personnes qui poussent vers l’avant parce qu’elles comprennent ce que ça coûte vraiment.
La solitude ne disparaît pas — elle se gère. Tom rentre rarement seul après un show. Il appelle son père. Il est avec ses amis. Il a construit, patiemment, un entourage qui sait tenir le silence après les lumières.
Ce que la femme apprend à l’homme
C’est peut-être le détail le plus fort de toute l’interview, glissé presque sans s’arrêter :
« Ornella est très tactile. Je fais beaucoup de câlins à mes parents quand je suis Ornella. Quand je suis en Tom, je sens encore du mal. »
Une phrase. Elle dit tout. Le drag, ici, n’est pas un déguisement — c’est un espace d’autorisation. Ornella donne à Tom la permission d’exprimer ce qu’il ressent, physiquement, envers des gens qu’il aime. Ce que la perruque rend possible, c’est moins une transformation qu’une libération de ce qui était déjà là. Le maquillage devient un outil d’accès à soi — pas à une autre personne, mais à des parties de soi-même qui attendaient d’être touchées.
Est-ce que toi aussi, il t’arrive d’être plus toi-même dans un certain contexte — un rôle, un costume, un espace particulier — que dans ta vie ordinaire ?
Tom dit qu’il a eu « une poussée de maturité » grâce au drag. Que ça l’a aidé à accepter son corps, sur lequel il complexe encore. Que dépasser le regard des autres ne s’est pas fait en une décision mais en centaines de petits actes — rentrer dans un bar hétéro, parler au public, se présenter à un concours une deuxième fois devant les mêmes jurés, augmenter son cachet et tenir la négociation.
Du chapeau au cachet : ce que porte un show
Tom a commencé à 70 euros, parfois au chapeau. Aujourd’hui, son cachet tourne autour de 300 euros par show. Ce passage ne s’est pas fait naturellement — il s’est construit sur une prise de conscience :
« Ce que je porte là n’est pas gratuit. Toutes les tenues, c’est vraiment un budget. Il faut se rendre compte qu’on n’est pas juste là pour faire du lip-sync. »
La première fois qu’on lui a donné des billets, il a dit « pourquoi ? ». Non pas par fausse modestie, mais par incompréhension réelle. Ce moment-là — le passage de la passion à la valeur reconnue — est une étape que beaucoup d’artistes traversent mal, ou pas du tout. Tom l’a traversée en apprenant à nommer ce que son travail représente réellement : heures de préparation, budget costumes, énergie mobilisée, risque pris.
À la fin de notre conversation, il a introduit Tom. Pas Ornella — Tom. « Je me présente, Tom, 21 ans. Responsable manager d’un escape game. » Et il a dit qu’il tenait à le faire, pour montrer qu’« il y a quelqu’un derrière ». Que les applaudissements, ce n’est jamais que pour l’artiste — c’est aussi pour tous ceux qui ont rendu le show possible : les costumes, les designs, les perruques, les personnes qui poussent.
Toi, qui sont les gens qui rendent possible ce que tu crées ?
Ce que j’entends dans le parcours de Tom, c’est quelque chose de plus vaste qu’une histoire de drag queen. C’est l’histoire d’un garçon qui a trouvé dans l’art un espace pour traverser la mue entre l’adolescence et l’âge adulte — avec tout ce que ça implique : la sexualité qui se redéfinit, le corps qu’on apprend à habiter, les émotions qu’on autorise enfin. Ornella n’a pas créé Tom. Elle lui a donné accès à lui-même.
Et c’est peut-être le meilleur usage qu’on puisse faire d’un personnage : non pas s’y perdre, mais s’y trouver.
Tu retrouves Ornella Cruz sur Instagram : @ornella.cruzzzz. Retrouve toutes les ressources citées dans cet épisode sur homoheureux.fr ou dans la description de la vidéo.
Transcription du podcast
bienvenue dans cette nouvelle discussion avec une drag queen.
Nous avons aujourd'hui Ornella Cruz.
Merci d'être là. - Merci à toi. - Tu es venue exprès à la maison LGBT de Montbleu, en plein cœur de Sévène. - En plein cœur, oui, ça se voit. - Pour tourner cette discussion ensemble qu'on avait programmée depuis longtemps, qui à chaque fois avait été décalée. - C'est ça. - Alors, tu t'appelles Ornella Cruz, tu es une drag queen dans le sud de la France.
Tu navigues entre Montpellier, Avignon, Nîmes, Marseille, etc. - Un peu de partout. - Tu es Miss Drag Avignon, tu es première dauphine Marseille. - Je suis première dauphine Miss Drag Avignon. - OK, d'accord, voilà, très bien, n'est-ce pas ? - Et tu ignorais tout du milieu du drag il y a déjà deux ans. - Oui, il y a deux ans, oui. - Et puis au détour d'un spectacle dans une rue, dans un lieu, dans un bar à Montpellier. - À Montpellier, c'est ça. - Tu as découvert ce milieu-là et c'est quelque chose qui t'a beaucoup plu.
Et tu t'es lancée là-dedans, il faut te l'expliquer un peu tout ce parcours, justement. - Bien sûr. - Et puis, au début, tu es naïf. - Complètement. - Tu copies et puis jusqu'à ce que tu te crées. - Alors, voilà. - Voilà, c'est ça. - C'est un peu tout ça qu'on va relater dans cet échange.
Aussi, par rapport à tes idoles, les difficultés que tu as pu rencontrer, les doutes, les questionnements que tu pouvais avoir, ce que je vais appeler la face cachée du drag. - C'est ça. - Tes victoires aussi, les progressions que tu as fait sur toi-même, les choses que tu as pu comprendre avec ce parcours.
Comment aussi tu oses être pleinement toi-même ?
Je pense que c'est une question qui peut être intéressante.
On invoquera un peu l'aspect financier parce que tu es une des rares drag queens aussi à se faire rémunérer pour chacune de tes interventions.
Et donc, c'est intéressant qu'on en parle et qu'on parle un peu de cet aspect financier. - C'est très important. - Parce qu'au début, tu te faisais rémunérer au chapeau. - Au chapeau, oui, comme tout le monde. - Et puis, il y a un truc qui est très intéressant, je trouve, dans ta personnalité, c'est que tu aimes beaucoup transmettre.
Tu accompagnes dès que tu peux des jeunes drags, des drags en devenir, je veux dire, et tu transmets volontiers ta connaissance. - Oui. - Voilà, c'est un peu le sujet qu'on va évoquer aujourd'hui.
Bienvenue à toi dans ce podcast qui s'appelle Homo Heureux, que tu peux retrouver sur le site web homoheureux.fr et sur toutes les plateformes de diffusion, Spotify, Deezer, Apple, etc.
Tu as tous les liens nécessaires qu'on va citer, des drags, etc.
Dans l'article qui résume cette interview, cette discussion sur homoheureux.fr, tu as les liens dans la description si tu nous regardes depuis une plateforme.
Voilà.
Écoute, merci, parce que c'est vrai que ça fait longtemps qu'on voulait prendre un lien. - Ça fait plus de six mois, je crois, qu'on avait fait la première rencontre. - Ouais, ça fait hyper longtemps. - Voilà.
Et bien, du coup, comment tu te sens aujourd'hui ? - Ah, bien, très bien.
En plus, l'endroit est merveilleux, vraiment, genre, incroyable.
Je pense que là, on est hyper bien. - Tu te les imagines, les drag queens parties, là, qu'on fait ? - Ah, bien là... - Les 7 mètres de long de table, les chaux, la pépinière que tu connais, qui est un lien aussi, notamment. - Bientôt moins, en fait. - Parmi. - Mais bien sûr. - Écoute, tu étais un ado avec des discutés à l'école, moqueries, tu subissais un peu de la violence, etc. - Comme tout, je pense, comme tout gay qui se respecte, on est pas mal harcelés parce qu'on est différents.
Bah oui, moi, quand j'étais au collège, j'étais très efféminé, enfin, c'est les échos que j'avais, parce que moi, j'étais un garçon tout à fait, pour moi, normal.
Mais sinon, oui, on était dans...
Enfin, j'étais beaucoup harcelé, j'étais beaucoup... - Tu te savais attiré par les garçons ? - Pas du tout. - D'accord. - Pas du tout.
À ce moment-là, j'aimais les filles.
Et à l'heure actuelle, j'aime toujours autant les femmes que les hommes. - OK, ça marche. - Ça marche.
Famille ouverte ? - Très ouverte, très ouverte d'esprit, vraiment.
Mon père, ma mère, ma grand-mère, mon grand-père, mes tantes, ma marraine, tout le monde me suit dans mes chaus.
Quand ils peuvent venir, ils viennent.
Vraiment, j'ai la famille la plus ouverte du monde. - On peut partager ton âge aujourd'hui ? - Oui, bien sûr, 21 ans.
J'ai 21 ans. - Et donc, bon, l'école, OK, on comprend, tu es efféminé, c'est un peu compliqué pour toi.
Comment va se finir cette scolarité, en fait ? - Ça va finir par le lycée, j'ai repris confiance en moi.
J'ai eu des très bons amis qui m'ont fait prendre confiance en moi et répondre aux gens.
Et du coup, je répondais.
Et du coup, on ne m'embêtait plus.
Au bout d'un moment, ça s'arrêtait. - Et t'as arrêté au bac, si j'ai bien saisi ? - J'ai arrêté au bac.
Après, j'ai fait des études de cinéma, d'acting.
Parce que je voulais partir en tant qu'acteur.
Et bon, ce n'est pas un projet qui est enterré.
Au contraire. - Pourquoi le monde du cinéma, les films et tout ça ? - Les films, j'ai tourné dans un court-métrage, un moyen-métrage pour des étudiants.
J'ai tourné aussi pour une pub étudiante qui est passée pour un concours.
Mais oui, j'ai fait 5 ans de théâtre.
Et le cinéma, c'est toujours ce qui m'a attiré.
Interpréter des rôles qu'on n'est pas, c'est...
Jouer le rôle d'une personne que tu n'es pas toi, je trouve ça incroyable, vraiment, d'avoir plusieurs facettes à jouer. - Oui. - Et tu prends toujours des cours de théâtre ? - Non, en vrai, le drag, ça complète beaucoup l'acting.
Et honnêtement, je ne sais pas si j'en aurais encore besoin.
Enfin, je pense que si.
Mais pourquoi pas reprendre ?
J'y ai pensé. - Tu me dis que tu es intéressé par le cinéma, le film, l'image... - C'est ça. - Tu me dis que tu n'es pas forcément la vraie vie. - Finalement. - C'est intéressant, parce que quand on a fait l'échange préparatoire, tu me disais que tu étais quelqu'un de très timide, introverti. - C'est ce qui m'a aidé.
J'étais très timide, un garçon très introverti.
Et je me suis mis à faire du théâtre, justement, pour...
Comment on dit ?
Pour m'ouvrir. - Là, tu as 17-18 ans, je suppose, quand tu fais du théâtre. - J'étais 11-12 ans. - Très tôt, les parents t'ont amené là-bas. - Oui, parce que j'étais très timide.
Et il n'y a que sur scène où j'étais...
Ce qui est bizarre, c'est que je montais sur scène, je n'étais pas... - C'est un classique. - Je pouvais parler. - Tu avais de très grandes personnalités, comme John Hallyday, qui faisait les shows qu'on connaît, et qui dans la vraie vie n'avait pas de prénom. - Oui, c'est ça. - Tu fais tes cours de théâtre, tu fais une scolarité, et c'est là où tu vas te balader un jour dans Montpellier, quand tu tombes sur ce show de drague, c'est ça ? - Après le bac, je pars directement à Montpellier faire des études de cinéma.
Et un soir, je sors dans un bar sur Montpellier.
Et je vois des femmes.
J'ai toujours cette image de femmes. - Des femmes corpulentes, bien habillées... - C'est Sully Bourlet, si on peut citer les noms.
C'est Sully Bourlet.
Pour moi, c'était des femmes.
Et c'est toujours des femmes, pour moi.
Et je m'approche de Sully, qui m'a répondu que non, c'était des hommes.
Et en fait, je suis un homme.
Et à ce moment-là, je dis que moi aussi, je veux être une femme. - Et en plus, Sully Bourlet, c'est quelqu'un qui prend plein de manvie dans son corps, les costumes... - C'était incroyable.
En plus, j'avais vu le show de la Saint-Valentin.
Cette perruque me marquera toujours.
C'était une perruque en forme de coeur.
J'ai vu l'image de la Dame de coeur. - Je ne sais plus comment... - Je ne sais plus comment... - J'étais un enfant à Disney, j'avais les yeux qui pétillaient.
Et c'était "Waouh".
Et à ce moment-là, j'ai fait que moi aussi, je veux ressembler à une femme. - Tu te souviens de ce qui t'a touché?
Le fait de dire "je veux être ça et être une femme". - Oui, c'est ça.
Je suis rentré dans ce bar, je pensais que c'était des femmes.
Et j'avais envie qu'on pense que je suis une femme aussi.
La semaine qui suivait, j'avais commandé ma première perruque, mes premières tenues.
J'avais essayé.
On garde ça dans le passé.
Mais oui, j'avais essayé. - Tu es seul quand tu fais cette expérience-là? - Ma mère, mon père. - Tu es débutant, tu te maquilles. - Ma mère, je l'ai toujours regardé se maquiller depuis tout petit.
Après, il y a des vidéos sur internet de caméos, où les vidéos, ça sert.
Ma mère, plus mon père qui m'a aidé dans les chorégraphies, parce que je voulais faire une scène ouverte.
Mon père me donnait des critiques sur cette chorégraphie.
Ma mère, c'était plus "tu devrais te maquiller comme ça". - Intéressant. - Dès le début, ils m'ont suivi. - Dès que tu es maquillé, tu es sorti dehors? - Les premiers maquillages d'essayage, c'était à l'intérieur.
Au bout du quatrième, scène ouverte, dans mon pelier. - C'est quoi les questions que tu te posais à ce moment-là? - J'ai eu des doutes sur la transidentité.
Au début, je pensais que j'étais mieux dans le corps d'une femme que dans le corps du garçon que j'étais.
Finalement, pas du tout. - On va l'aborder plus tard.
Il n'y a pas de questions sur ce que tu penses? - Pas du tout. - Sur les jugements? - A aucun moment. - Peut-être que si au début, on a toujours des doutes sur ce qu'on fait, c'est bien ce que je fais?
On rencontre des personnes qui nous font dire que ce qu'on fait, c'est bien, c'est pas moins qu'une autre personne.
C'est grâce à plusieurs personnes qui m'ont soutenu, qui m'ont encouragé, qui m'ont dit de foncer, de faire de l'avant.
Au début, c'était pas ouf, c'est pas aussi bien que ce que je suis maintenant.
Là, je suis en train de me dire que je suis bien.
Mais peut-être que dans un an, je dirais que là, je serais encore mieux. - C'est la partie de l'apprentissage.
On apprend de la technique, il égout change, notre regard s'affine, nos désirs bougent, notre perception, notre histoire...
OK, intéressant.
Et là, tu recroises Soulie Bourdesque? - Oui, oui.
Elle me soutient aussi.
Je crois toujours à l'heure actuelle, quand elle me dit "wow, t'es belle" ou "wow, c'est bien ce que tu fais", ça me perturbe toujours autant.
Je l'idolâtre dans le sens où c'est elle qui m'a fait lancer dans le drag. - Elle a combien d'expérience? - Je crois 4 ans, peut-être?
Je ne sais pas.
Je ne peux pas m'en baisser, mais elle a déjà des années de drag.
Quand elle me complimente, je suis là en mode "ah, wow!" - En plus, tu fais des shows avec elle. - Oui, j'ai fait des shows avec elle. - Et dès le début, tu as aimé le maquillage? - En vrai, j'aimais déjà le maquillage avant.
Je regardais pas mal de vidéos de maquillage, mais j'ai essayé 2-3 fois, juste pour essayer, parce que j'avais envie d'essayer. - Et à ce moment-là, tu n'es toujours pas gay? - Non, toujours pas.
Je sors toujours avec ma copine actuelle.
Pas actuelle du moment. - Dans ce milieu drague, très LGBT, queer, etc., tes parents ne te disent toujours rien?
Ils te laissent vivre l'expérience? - J'ai eu une expérience plutôt atypique. - Et à quel moment tu te dis "tiens, c'est curieux, je suis entouré de quelques garçons gays".
Tu te dis "qu'est-ce que je fais là?" - Non, en vrai, j'ai commencé à me lancer dans le drag, à commencer les maquillages, les perruques.
J'étais toujours avec ma copine.
J'ai rencontré un garçon à ce moment-là, qui était devenu un très bon ami.
Les sentiments ont changé.
J'ai quitté ma précédente copine.
Je me suis rendu compte que je n'aimais pas seulement les femmes, j'aimais aussi les hommes.
A l'heure actuelle, je n'aime pas ni un homme ni une femme, j'aime un coeur.
Je suis pansexuel. - Ta copine ne te dit rien? - Elle a très peur de me perdre à ce moment-là.
C'est un très gros changement.
J'étais un garçon, je passe à mettre des perruques, du maquillage, des talons. - Vous étiez jeunes tous les deux. - J'avais 19 ans.
Elle avait peur.
A l'heure actuelle, on se parle toujours.
Je suis sûr qu'elle regardera cette interview.
J'arrive plus à parler.
Elle a pris peur. - Il y a Asouly Bourlesque qui t'aide beaucoup à définir un genre de drague.
J'ai cru comprendre qu'il y avait Bilal Lasani. - Oui.
Il y a aussi Enzo Mademoiselle à Montpellier.
Il y a eu Asouly, il y a eu Enzo.
Et il y a Bilal.
Je le suis depuis ses vidéos. - Qu'est-ce qui t'inspire chez lui? - Sa bonne humeur.
Il peut passer dans tous les styles.
Il peut être un homme, un femme, un homme, un homme, un homme.
Il peut avoir un style très cute.
Et un style très hard.
J'aime avoir un style très mignonne, très gentil, très sérieux.
Je peux avoir un côté plus hard.
C'est ça qui m'inspire.
C'est le fait que ce soit un des premiers garçons à avoir mis une perruque, et que ça affirme... - Il y a eu plein d'artistes queers très affichés. - Oui. - Mais c'est de là où il vient. - Il y a aussi ça. - Quand tu décides si telle chose tu le prends ou tu ne le prends pas...
C'est super pour apprendre, c'est de devenir quelqu'un d'autre. - Au tout début, j'ai beaucoup copié Bilal.
Après je m'en suis détaché.
Je m'en inspire toujours. - C'est qui Ornella Cruz? - C'est une femme...
C'est une femme...
Très piquante.
Qui aime beaucoup séduire.
Très drôle et très blonde.
Qui manque de neurones.
Beaucoup de neurones.
Très cultivée.
Ornella est très faufole. - Et Ornella fait des choses que Tom ne peut pas faire? - Pas du tout.
Par exemple, Tom ne ferait pas quoi?
Prendre la parole sur scène.
Parler au public. - Devant la caméra, Tom ne le ferait pas? - Si, je pense.
Mais au moins à l'aise. - Tu as la sensation de jouer un rôle?
Ou c'est vraiment une partie de toi qui parle? - C'est une expansion de moi.
C'est plus une rallonge de moi. - Quand tu te maquilles ou te démaquilles, tu as l'impression de quitter l'un vers l'autre?
Tu le vis comment? - Au début, ça arrive beaucoup.
Quand on se lance dans le drag, ça arrive beaucoup.
Je le vois beaucoup chez des drags qui débutent.
Ils n'arrivent pas à se démaquiller.
Ils n'arrivent pas à faire la part des chutes.
Ils font trop la part des choses où la drag est présente.
Elle est reconnue par le public.
Mais le garçon qui se cache derrière n'est pas reconnu.
On ne le reconnait pas.
On se sent oublié.
C'est ce que j'ai eu au début.
Maintenant, je sais que Ornella fait partie du garçon. - C'est parfait.
On peut aborder les faces cachées du drag.
La question que tu abordes, c'est une question que tous les artistes connaissent.
Sur scène, tu as du monde autour de toi.
Et dans la lodge, tu es tout seul. - Il y a beaucoup de choses.
On est maquillé, on est perruqué.
On arrive dans un bar, on nous reconnait.
A Lime, ça m'arrive très souvent.
Quand je suis en garçon, personne ne me reconnait.
Je me présente, je me dis que c'est Ornella.
On se connait. - Est-ce que tu vis des moments de solitude ? - Plus maintenant.
Au début, c'était très compliqué.
Quand je me suis lancé dans le drag, c'était très compliqué.
Je me sens pas bien.
Je me sentais très oublié et très seul.
Le garçon surtout. - Sur scène, ça allait.
Dès que tu redevenais Tom, tu vivais ces moments de solitude.
Qu'est-ce qui t'avait envie d'abandonner ? - Ce n'était pas à cause de ça que j'ai eu envie d'abandonner.
J'avais envie de tout lâcher.
C'est très intense.
On peut penser que j'ai déjà fait un peu de drag.
J'ai déjà parlé avec du public.
"Tu te maquilles, tu montes sur scène."
Non, c'est pas seulement ça.
Il y a des préparations, un look à présenter.
Le maquillage prend beaucoup de temps.
Les perruques peuvent prendre beaucoup de temps. - Tu rentres dans une énergie. - Oui.
La prestation qu'on va faire, c'est toute une préparation. - C'est un spectacle. - C'est ça. - C'est un spectacle et une personnalité.
C'est comme un chanteur.
S'il a un chagrin avant de monter sur scène, ou s'il n'a pas du tout dormi, il n'a pas l'énergie, il n'aura pas la pêche.
C'est ce qui rend le spectacle vivant. - Personnellement, ça m'est arrivé deux fois de faire un show où j'étais très fatigué.
J'avais pas du tout l'énergie.
Ornella n'était pas là.
Même le public est venu me voir.
Je suis fatigué. - Revenons sur ces périodes de solitude.
Comment as-tu construit le mental autour de ça ?
Qu'est-ce qui a fait que tu as dit que tu as mis en place ?
Comment tu gères ça aujourd'hui ? - Aujourd'hui, je vois une psy. - C'est très important dans le développement.
Au début, je ne voulais pas.
Il y a des stéréotypes.
Mais finalement, ça fait tellement du bien de voir une psy.
Et même d'être entouré de bonnes personnes.
C'est très important.
Entourez-vous d'une famille drague.
C'est le plus important.
On nous pousse vers l'avant.
C'est ce qui m'a aidé à ne pas sombrer.
Toutes les dragues que je peux rencontrer, elles ont toutes leurs parties qui font que je suis Ornella. - Le critère, c'est de dire "je suis Ornella". - Oui, c'est ça. - Pour le psy, psychologue, thérapeute, c'est tellement important.
Tu es jeune, tu as forcément des casseroles à régler.
Même à 40 ans, on a encore à régler.
C'est un excellent outil pour développer sa confiance en soi, l'estime. - Oui. - Tu n'as pas une clé à me donner sur la gestion de la solitude ?
Il n'y a pas un truc qui te fait un déclic ?
Je sais que c'est un sujet très récurrent.
Je pense qu'il y a un moyen d'inspirer. - Une clé ? - Comment tu fais pour ne plus te sentir seul après un show ? - Je ne sais pas.
Souvent quand j'ai un show, je dors. - Il n'y a pas un moment où tu as 200 personnes face à toi sur la scène, l'énergie, etc. - Oui, au début. - Quand tu rentres chez toi, le silence est plat.
Peut-être que tu as un compagnon ou une compagne qui t'attend, ou quelqu'un de la famille. - En vrai, il n'y a aucune personne de ça.
Je pense que c'est l'habitude.
Après, si mon père n'était pas là, je vais appeler mon père.
Mais je suis toujours avec mes amis.
Quand je rentre de show, je ne suis jamais seul.
Il y a toujours quelqu'un avec moi.
Je ne sais pas encore ce que ça fait de rentrer seul. - Tu es entouré. - C'est toujours être entouré.
Le déclic est la clé. - Tu as évoqué l'idée de vouloir tout abandonner. - Oui. - Pourquoi ? - C'est très intense.
Au début, j'étais pas assez rémunéré.
J'ai un métier.
J'ai envie de garder mon métier.
Je n'ai pas envie de poser des jours.
Je préfère garder un métier où je vais avoir un salaire fixe.
J'ai eu beaucoup cette idée de vouloir abandonner.
Mais très vite, quand on ne fait pas beaucoup de show, on sent que c'est très important de se mettre en drague.
Moi, personnellement, je sens que c'est très important pour moi de me mettre en drague, de faire un show. - Après l'interview, tu vas voir la famille ? - Je vais voir mon père.
Je vais voir ma mère.
Je reste comme ça. - Quand elle conduit, elle est blonde ? - Quand je suis venu ? - Quand tu vas conduire après. - Je reste comme ça. - Elle est blonde. - Non. - Il y a d'autres difficultés particulières que tu as traversées dans cet apprentissage drague ?
Qui est très jeune, bien sûr. - Les difficultés.
Les difficultés à se faire rémunérer, je pense. - Oui. - Mais sinon, des difficultés...
La jalousie entre drague aussi, ça se fait beaucoup. - C'est un vrai sujet, ça.
Il y a beaucoup d'égos.
C'est très dommage. - Une représentation, tu faisais un show avec Gloria, la Pépina, il paraît que l'ambiance dans les vestiaires était très... - Non. - Il y a souvent des critiques. - Pas envers moi.
Le souci, c'est que j'aime tout le monde.
Toutes les dragues possibles, je les aime toutes.
Elles peuvent m'aimer, moi je les aime.
Elles peuvent ne pas m'aimer, je les aime. - Comment tu gères la jalousie ? - Ils parlent et puis basta.
Je suis arrivé à un stade où on souffle. - Donc tu interviens dans n'importe quelle barre, lieu gay, etc. - J'interviens pas que dans des barriqués.
Il y a aussi des barres hétéro.
Quand je suis arrivé, j'interviens et basta.
Honnêtement, j'ai plus peur. - Quand tu interviens dans un bar hétéro, tu changes de jeu ?
Elle devient hétéro ? - Pas du tout.
Honnêtement, elle reste comme elle est.
Elle est très hétéro, elle branche beaucoup les mecs.
Dans les bars hétéro, c'est le mec qui me branche, que moi qui branche les mecs. - Ils comprennent que tu es une drague ? - Ils comprennent que je suis une drague, mais pas tout le monde sait ce que ça veut dire.
On peut être drague et aussi être une femme cis et faire du drague queen.
Le souci, c'est que certains pensent que je suis une femme qui fait du drague queen.
C'est très marrant.
J'ai souvent des mecs qui viennent me voir et me dire qu'ils payent un verre.
Oui, mais au cas où, je suis un garçon.
Pour prévenir. - Est-ce que tu as une anecdote très drôle par rapport à ça ? - Oui, j'en ai une qui me vient.
J'étais dans un bar hétéro.
Il y a la table de ma mère, mon père, ma grand-mère.
Ma grand-mère était venue me voir à ce show.
Ma grand-mère s'est tapée une barre.
J'étais à coudée au bar, et le mec me parlait.
Il était fortement en train de me draguer.
J'avais toute la table de ma famille qui s'est mise à rire.
Ils pensaient que j'étais une femme.
Je me suis dit que je suis un garçon.
Il s'est retourné et il est parti.
Bon, bonne continuation.
On s'est tapé une barre avec ma famille.
Je suis retourné vers lui.
Je lui ai expliqué ce que c'était le drag.
Il n'y a pas que des femmes cis qui se mettent en drag.
Il y a aussi des hommes.
Je lui ai expliqué toute la panoplie de la femme cis.
Il était très intéressé par ça.
Les personnes hétéro aiment qu'on leur raconte tout ça parce qu'ils ne connaissent pas.
On leur apprend de nouvelles choses. - Or, Néla, elle ose aborder n'importe quel garçon, même les plus beaux. - Oui. - Et Tom, non ? - Tom, non.
Il reste très timide.
Mais Or, Néla, elle s'approche de tout.
Pas de tout.
Un homme en couple, ça ne me dérange pas.
C'est pas parce qu'il y a un gardien qu'on ne peut pas marquer le but.
C'est mon rôle, mon jeu.
C'est ce que j'aime. - Quel est le plus grand apprentissage que tu as eu ? - Le plus grand apprentissage ? - Quelque chose qui te dit "oui, ça, incroyable". - Je crois que...
Faire une perf' à côté de personnes de Drag Race.
C'était vraiment très foufou dans ma tête.
C'était vraiment très "ouh là là, wow".
Je pense que c'est ça qui me vient.
Mais après, sinon, il y a quoi qui aurait pu me marquer ?
Les victoires que j'ai eues. - C'était naturel ?
Ou gros stress ? - Très gros stress. - Qu'est-ce qui te stressait, du coup ? - Pour le Miss Drag Avignon, c'est parce qu'il y avait Pish dans le jury.
Et Pish...
J'adore.
Et du coup, c'est ça qui me stressait.
Et pour Miss Drag Marseille, c'est parce que je m'étais présentée l'an dernier, et je me représentais l'année d'après.
C'est ça qui me stressait.
Et il y avait des jurys qui m'avaient vu l'année dernière.
C'est ça.
Mais finalement, ça s'est très bien passé.
Première dauphine Marseille, finalement.
C'est que ça a bien fonctionné.
Mais c'est mes victoires aussi qui ont été très marquantes. - Impeccable.
Est-ce que tout ça, finalement, aide Tom à être encore plus lui-même ? - Oh oui. - Tu as un exemple ? - Maintenant, Tom, je crois qu'il arrive un peu plus...
Enfin, à aborder.
Pour faire les démarches de show, dans des bars, c'est très compliqué.
Il ne faut pas être timide.
Il faut vraiment avoir le culot de rentrer dans le bar et dire "Bonjour, je suis Dra Queen, et je veux faire un show dans ton bar".
Il y a plein de trucs à accepter son corps aussi.
Ornella a fait que j'accepte "mon corps". - Tu avais du mal à l'apprécier et à l'aimer ? - Je complexe toujours sur certaines parties de mon corps.
Mais je commence à l'accepter.
C'est un processus, je pense.
Mais Ornella aide beaucoup Tom à plein de choses.
Ornella est très tactile.
Je fais beaucoup de câlins à mes parents quand je suis Ornella.
Quand je suis en Tom, je sens encore du mal. - Une forme de difficulté à exprimer les émotions ? - Oui.
Ornella, justement... - Est-ce que tu ne penses pas que tu es tombé amoureux de cet art drague ?
Tom a senti qu'il pouvait avoir besoin d'aide pour faire sa mue d'ado, jeune adulte, à la personne que tu seras dans 10 ans ? - Je pense que...
J'aime le drague surtout.
On peut jouer des genres, c'est surtout ça.
Mais j'ai l'impression que ça m'a aidé à grandir.
J'ai eu une poussée de maturité.
C'est fort quand même.
C'est que du drague, du maquillage, des perruques.
Ce n'est pas que du drague.
Ce n'est pas que ça.
Ça m'a aidé à grandir. - Carrément.
Et est-ce que quand les gens te trouvent beau ou belle, c'est quelque chose qui t'aide ?
Est-ce que tu le prends vraiment ?
"C'est vrai, je suis d'accord avec eux."
Ou tu te racontes n'importe quoi ? - Je commence à dire que je suis d'accord avec eux.
Je commence à dire que oui, moi personnellement, je me trouve beau.
Après tu me dis que je suis moche.
Il y a ce que tu penses, c'est ce que je suis. - Est-ce qu'il y a des critiques ou des jugements de ton public qui t'ont particulièrement impacté ?
En positif comme en négatif ? - Oui, j'ai eu des critiques.
Mais c'était toujours des critiques positives. - La critique peut être constructive. - Elle est constructive.
Je ne le prends jamais mal.
Mais c'est souvent les critiques de mes parents qui font un peu plus mal. - Parce que tu sais qu'ils sont justes ? - Oui, parce que je sais qu'ils sont justes.
Et je sais qu'ils ne font pas ça pour me rabaisser. - J'ai l'impression que tes parents sont des guides, une sorte de berge pour te guider là où tu voulais aller. - C'est ça. - C'est un super travail parental qui a été fait. - Oui.
C'est comme si j'étais dans un magasin, je prends des amandes, ok, prends les amandes, on va les goûter.
Même si il y a deux semaines, j'avais pas aimé, j'ai essayé de faire.
Tu veux mettre du maquillage, je mets du maquillage. - Si tu es parent d'un jeune homme ou d'une jeune fille LGBT ou drague en recherche, contacte-moi, on peut en discuter.
Il y a des outils et des ressources qui existent pour les parents, pour appréhender le sujet, le prendre en main.
Et faire en sorte d'être un support, pour ton enfant, sans lui donner la sensation que tu le brimes ou que tu l'orientes.
Pour qu'il puisse s'épanouir.
Je pense que c'est la force de tes parents, c'est qu'il n'y a jamais eu un jugement.
T'as des frères et sœurs d'ailleurs. - Oui. - Et même Topo. - Il kiffe ce que je fais. - Au début, tu te fais remunier au chapeau.
Maintenant, tu as un cachet à chaque intervention. - Des fois, je fais des exceptions pour un chapeau.
Je sais que si j'accepte un chapeau, ça va me rapporter beaucoup, parce que je vais avoir du public. - Ton cachet moyen, c'est quoi ? - Aux alentours des 300. - Comment t'es venu l'idée que tu devais être rémunéré pour ça ? - Ce que je porte là n'est pas gratuit.
Ce que je porte là n'est pas gratuit.
Ce que je porte là, ce n'est pas très cher.
Toutes les tenues, c'est vraiment un budget.
Quand je dis un budget, c'est très cher.
J'ai des tenues qui coûtent 200 euros.
Il faut se rendre compte qu'on n'est pas juste là pour faire du lip-sync. - Au début, c'était quelque chose de naturel ?
Tu ne demandais pas 300 euros ? - Je faisais 70 euros.
C'était sur les shows à Saumière.
Je fais par rapport au bar.
Le bar me demande 5 performances.
Il me demande 3 performances.
Il me demande 2 performances.
Ce ne sera pas le même prix que 2. - Au début, c'est normal qu'on te donne de l'argent ? - Au début, non.
Je le faisais avec passion.
Je n'étais pas conscient que c'était très cher. - Qui payait au début ton maquillage ? - Moi.
J'avais mon travail.
Je me payais mes maquillages.
C'est très important de payer les drags. - La question, que ce soit un porte-entrée des artistes, je pense qu'il n'y a pas de débat là-dessus.
Souvent, les artistes ont du mal à se faire rémunérer.
C'est difficile d'avoir des entrepreneurs en face des lieux qui payent. - C'est compliqué pour eux.
Imaginons que j'arrive dans un bar et que je vais demander 300 euros. - Si le mec a 300 personnes, il a largement les moyens de les payer. - Par exemple, dans un show, je sais que j'ai fait complet, je vais augmenter mon cachet. - C'est comme pour les drags Queen Party.
Je sais que je mets une base et il y a un complément en fonction du nombre de participants.
Je reviens à l'histoire.
La première fois que tu as reçu des billets, ça t'a fait quel effet ? - La première fois...
Je me rappelle de la première fois.
Je me suis dit...
Pourquoi ?
Pourquoi me donner de l'argent ?
Si je viens de là, c'est que j'avais envie de le faire.
Mais non, c'était surtout pourquoi ?
A quoi ça sert ?
Je ne comprends pas.
J'ai compris par la suite.
C'était plus le "pourquoi", je ne comprends pas.
C'était l'incompréhension. - Aujourd'hui, c'est naturel de demander de l'argent ?
On demande un cachet, on est là, est-ce que tu peux intervenir ? - En vrai, c'est souvent les gens qui disent qu'ils savent très bien qu'il faut rémunérer. - Tu as eu besoin de négocier récemment ?
Quelqu'un qui cherchait à te baisser ton tarif ? - Oui, hier soir.
On m'a demandé de baisser mon tarif parce que j'avais augmenté mes tarifs.
Première Dauphine Misdrague Avignon, Première Dauphine Misdrague Marseille.
Je les ai augmentés mes prix. - Tu te construis une audience en ligne ? - J'ai Instagram, Facebook, Youtube. - Peut-être TikTok ? - C'est un des leviers puissants pour avoir une rémunération plus élevée.
Si tu as de l'audience sur Internet qui te suit, on peut imaginer qu'ils viennent aux prestations d'intervention. - Ça compense. - Je me lance sur TikTok. - Tu peux te promener sur Instagram. - C'est pas mal.
Maintenant, il faut faire TikTok. - Dernier point important d'aborder, c'est la notion de transmission.
Tu as toujours voulu aider les autres drags ? - Oui, même dans La Glorieule.
On s'entraide énormément.
Je donne des conseils à Gloria, à Carmen, à Béatrixie.
On s'aide énormément.
J'adore transmettre.
Je pourrais être professeur. - Excellent. - Professeur de drag.
Ce que j'aime le plus dans le drag, c'est que tu devrais faire ça.
Et qu'on m'en donne aussi.
Si tu ferais ça, ça serait peut-être mieux. - Les gens osent donner des commentaires qui ne sont pas tes parents. - Oui.
Je le prends pas mal.
Les seules fois où on me l'a dit, c'est moi-même.
Je sais que mon maquillage n'était pas ouf. - Oui, c'est vrai. - Mais c'est pas mal. - Ce qui est intéressant dans la transmission, c'est que ça nous aide à formuler nous-mêmes ce qu'on fait.
Et ça nous permet de mieux apprendre.
Il n'y a pas mieux que de pouvoir apprendre une nouvelle approche technique.
C'est de lire une vidéo et de la réexpliquer aux autres. - C'est un maquillage extrêmement technique.
Les cernes, les lèvres...
Il y a tellement de jeux de lumière qu'on ne perçoit pas et qui vont faire le relief.
C'est de la peinture. - Au début, je n'appliquais pas de bronzer ni de contouring.
Maintenant, j'en applique.
J'ai compris l'importance du clair. - Surtout pour te créer des personnages. - Déformer le visage surtout. - Oui.
Et pour créer Ornella Cruz version...
N'importe quoi.
Tel artiste, l'orienter sur un autre axe. - Ornella vieille. - Excellent.
Ornella, est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais partager ? - Non, je crois que j'ai tout partagé.
Ah si, il y a un truc qu'on n'a pas partagé.
Qui est le garçon derrière Tom ? - Tu veux en parler ? - Oui, il faut parler de Tom.
Je me présente, Tom, 21 ans.
Responsable manager d'un escape game.
En vrai, parler de Tom, c'est aussi montrer que quand on applaudit un artiste ou une artiste, il y a quelqu'un derrière.
C'est vraiment très important.
Et même quand on applaudit un artiste, on n'applaudit pas que l'artiste.
On applaudit aussi les personnes qui ont fait les tenues, les perruques, les montages, les logos.
C'est vraiment très important.
Tom aide beaucoup Ornella à faire des trucs.
J'ai Rom qui m'aide à faire mes designs, mes cartes.
J'ai Jade qui m'aide à faire mes costumes. - Tu as du monde pour ta tête. - Je blague.
Il y a peu de neurones, mais il y a du monde. - Normalement, tu as du monde de coeur. - Je les ai parce que sinon...
C'est très important.
Il y a tellement de monde derrière moi que sans ces personnes-là, je ne serais pas là.
C'est elle qui me pousse.
J'avais besoin de le dire. - Parfait.
Merci Ornella. - Merci à toi. - Merci à Tom d'être venu. - C'était un vrai plaisir d'avoir cet échange. - C'était un plaisir partagé. - Si tu as aimé, si tu as des questions, je t'invite à les poser sous la vidéo.
A me contacter directement sur mon site web.
Je me ferai un plaisir de pouvoir discuter un peu avec toi.
Il y a aussi le guide "Être un homo, être un homo, être un homo".
Il y a aussi le guide "Être un homo, être un homo, être un homo".
Il est disponible gratuitement sur mon site web.
Tu peux télécharger et regarder ces 5 petites vidéos qui t'aident à poser les fondamentaux d'une vie équilibrée, alignée, qui t'envoie à l'être, à être bien dans sa peau, qu'importe que tu sois et où que tu sois dans le monde.
C'est pour ça que j'aime bien présenter des limites qui nous ont été inculquées, que la société nous a filées.
Et le fait d'être drague permet de s'échapper de ça.
Je trouve une bonne manière d'apprendre parce que finalement, Tom peut observer Ornella faire des trucs, draguer par exemple, aborder quelqu'un dans un bureau très officiel et finalement, s'inspirer de l'énergie d'Ornella et dire "Ah, c'est ça, je sais faire normalement, donc il n'y a pas de moyens.
Je peux faire ce que je veux en fait." - Oui. - Ça marche.
Excellent.
Merci à toi.
Merci d'avoir écouté ce podcast homoheureux.fr.
Je te retrouve au prochain épisode.
Merci Ornella. - Merci.
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